Champ d'application des tactiques de la contre-guérilla urbaine




Ce n'était plus l'ordre spatial 
qui dictait les modalités de déplacement,
mais le déplacement lui-même qui organisait 
l'espace qui l'entourait

Eyal Weizman



Le Secours Rouge publie dans un article : L'expérience de la réoccupation des villes palestiniennes en 2002, et plus particulièrement sur les opérations qui ont eu lieu dans le camp de réfugiés de Balata et dans la casbah de Naplouse a fait émerger une nouvelle doctrine tactique du combat de rue assymétrique. Dans ces lieux constitués de rues étroites et d’une forte densité de logements, propices à une défense basée sur la guérilla urbaine (effet de surprise d’un défenseur connaissant parfaitement le terrain, pièges explosifs installés aux portes ou dans la rue, tireurs embusqués), les soldats israéliens n’ont donc pas attaqué en suivant l’ordre géométrique des rues mais ont préféré pénétrer dans les habitations pour s’y déplacer ensuite en perçant un trou dans les murs et pousser les combattants palestiniens à sortir, où ils pouvaient ensuite être arrêtés ou abattus. 





Faisant de l’extérieur un espace interdit, les soldats israéliens ont ainsi érigé l’intérieur comme l’environnement de la guerre urbaine. C'est cette tactique qui a été appliquée systématiquement l'année passée à Gaza. Cette tactique visant à passer à travers les murs dans le cadre de la guerre urbaine s’inscrit dans le cadre des réflexions engagées par l’Operational Theory Research Institute (OTRI), un centre de recherche opérationnel rattaché aux forces armées sionistes. L’OTRI et les pratiques contre-insurrectionnelles qui en découlent proposent elles une 'géométrie urbaine inversée' parfaitement résumée par Aviv Kochavi, officier israélien qui a commandé l’offensive de 2002 : " Nous, nous avons interprété la ruelle comme un endroit par lequel il est interdit de passer, la porte comme un élément qu’il est interdit de franchir, la fenêtre comme un élément par lequel il est interdit de regarder, pour la simple et bonne raison qu’une arme nous attend dans la ruelle, un piège nous attend derrière les portes. C’est que l’ennemi interprète l’espace de façon traditionnelle et classique, et que moi, je ne veux pas obéir à son interprétation pour tomber dans ses pièges". 

[source : secoursrouge.org]


Cette tactique n'est certes pas nouvelle et certains historiens affirment que de tels procédés ont été utilisés par les espagnols contre les armées napoléoniennes. Le maréchal Bugeaud, publia en 1849 un livre La Guerre des rues et des maisons et note à propos de la répression de juin 1848 : Les barricades sont trop solides pour être détruites par les tirailleurs ? Qu’à cela ne tienne : on entre dans les premières maisons qui bordent l’un ou l’autre côté de la rue, et c’est là que la mine présente un grand avantage, car elle remplit l’objectif. Quelqu’un monte jusqu’au dernier étage et fait systématiquement sauter tous les murs, parvenant enfin à forcer la barricade. [source : monde-libertaire.fr]. L'idée fut reprise par les versaillais pendant la Commune de Paris pour éviter les barricades des Communards. Che Guevara l'utilisa également durant la bataille de Santa Clara en 1958. 


De nombreux textes font référence aux nouvelles formes de contre guérilla en milieu urbain. Dont notamment A Travers les murs. L’architecture de la nouvelle guerre urbaine, de Eyal Weizman, La Fabrique, 2007. A propos des déplacements des soldats à travers les murs il affirme : Ce n’était plus l’ordre spatial établi qui dictait les modalités de déplacement, mais le déplacement lui-même qui organisait l’espace qui l’entourait.





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