RAP et/ou REVOLUTION ?

VOUS ETES A VITRY-SUR-SEINE, Val-de-Marne



Le RAP, 

Révolutionnaire, Réactionnaire ?


Le rap est-il révolutionnaire ?  Ce serait peut-être, malgré les paroles des groupes rap, tout à fait le contraire ; c'est à dire l'apologie de la culture néo-libérale, de l'individualisme, du culte de la personnalité et de l'argent. 





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Groupe de rap
originaire de Vitry-sur-Seine

Abdelkarim Brahmi-Benalla, né en 1978, d'origine algérienne
Mokobé Traoré, né en 1976, d'origine malienne
Yohann Duport, d'origine guadeloupéene.

Album : Les Princes de la ville, 1999
Titre : Les Princes de la ville



Peu d'élégance dans mes écrits, normal pour un mec de Vitry
Sur ma feuille le ghetto, je retranscris
Zigzaguant entre le mal et les délits
Jeune débrouillard, une fois sorti du lit
Au chômage pourtant jeune et ambitieux
C'est pour nous qu'ils ont créé l'ANPE
Mais y a une queue d'un kilomètre pour gagner 3 pépètes
Si j'peux permettre qu'ils aillent se faire mettre
Alors les bacheliers s'engagent à l'armée
Et pour le petit smicard y a de quoi s'alarmer
Des bracos à main armée car tout ça y'en a marre mais
Un jour les keufs viennent te ramener

Vitry 9-4 de ma ville j'veux être le prince
J'vais pas t'cacher que Monsieur le maire est 1 pince
Des promesses y a pas à dire il en a toujours
Rénover les bâtiments on attend toujours
Et vos monuments à 100 barres nous on s'en fout
Soit-disant député en costard ils sont fous
Comme tout citoyen j'suis censé aller voter
Histoire de dire que j'existe dans leur communauté
A la suite j'félicite les gros bonnets de l'illicite
Pas d'ingénieur dans mon équipe
[Refrain] :
On est jeune et ambitieux
Parfois vicieux
Faut qu'tu dises que
Tu peux être le prince de la ville si tu veux
Où tu veux, quand tu veux
Ambitieux parfois vicieux...
On vit en HLM les uns sur les autres
Les lits superposés, j'ai rien connu d'autre
On a la rage mais comment rester sage
On vis en marge, en gros on est tous barges
Souvent les huissiers à ta porte font éruption
Si tu payes pas ton loyer c'est l'expulsion
Val de Marne haut pourcentage d'immigration
Aussi élevé que tous mes frères qu'ils mettent en prison
Et pour s'payer un avocat faut plein de pascals
Au tribunal on s'en sort toujours mal
Ça se ressent dans les sentences on a jamais eu d'chance
Vu les circonstances, fuck la pénitence
T'as pas régle tes amendes, le Trésor Public t'a coincé
Fini les vacances d'été, tu fais des TIG
Sur toi on met la pression
Ta boite aux lettres est pleine de rappels et d'assignations
Ouais mec c'est ça notre vie
Code 94400 Vitry
La banlieue a ses qualités et ses défauts
Peupleés d'artistes et de sportifs de haut niveau
D'escrocs dans les halls jusqu'aux bureaux municipaux
Tous vitriots
Et même si c'est pas tous les jours facile
J'veux être le prince de la ville

Un dossier conséquent à propos du rap aux USA, Rap et révolution Défi de la jeunesse noire américaine rédigé par Zbigniew Kowalewski vous surprendra certainement. Les premiers rappeurs étaient en effet, raciste, sexiste, homophobes.... Selon Kowalewski, le rappeur Ice-T aux USA s'en démarque : 

L'un des fondateurs du "rap gangsta de la côte Ouest", Ice-T rappe sur la vie du ghetto noir : la drogue et la délinquance, le sexe plus ou moins bard, avec une forte dose de sexisme, la violence de la police et la guerre des gangs. Lui-même issu d'un gang de jeunes noirs à Los Angeles, il a commencé sa spectaculaire  carrière artistique en 1988, en rappant dans le film Colors de Dennis Hopper. Ce film a révélé à l'opinion publique la réalité de la "guerre urbaine" dans South Central Los Angeles. 
Ice-T a souvent utilisé son rap pour combattre cette guerre que menèrent les Crips et les Bloods, pour prôner la paix entre eux et pour les exhorter à  fuir les champs de la mort qui, comme il l'explique, constituent un aspect inhérent au système américain. Il faut cesser de s'entre-tuer et prendre conscience du fait qu'il y a un vrai ennemi commun à combattre, à savoir la police, le FBI, la CIA, ainsi qu'un système socio-économique qui est une prison invisible de l'être humain, rappe-t-il. Dans la revue  Rock & Folk, il explique : "Je ne suis pas contre les gangs. Je suis contre la violence qu'ils génèrent. Dans les gangs, j'ai appris à dire : je t'aime. A mes potes, à une femme , à un chien... C'est dans les gangs que j'ai entendu, pour la première fois, le mot amour. J'ai grandi dans un milieu qui n'utilisait jamais ce mot." Il a fait une contribution remarquable à la trêve entre les Crips et les Bloods et aux initiatives de fraternisation pendant et après le soulèvement. Dans ce but, il a organisé une conférence d'une trentaine de membres influents des gangs, et créé une association, Help Them Across Rap.  "Mais il faut savoir que ça dure depuis vingt ans et que ça ne finira pas en une nuit ni même en une année",  explique-t-il dans la revue  Best. "Nous avons réussi à avoir 20 000 membres de gangs pacifistes, j'espère que l'an prochain ils seront plus. Dans la durée." Et dans Rock & Folk, il dit : "La seule chose que les membres des gangs me demandent aujourd'hui, c'est de faire de la publicité pour la trêve."  I c e -T développe également une critique sociale de plus en plus radicale, politiquement de plus en plus claire, en particulier, à partir de son quatrième album, O. G. Original Gangster, de 1991.   C'est  sur  cet album qu'il a lancé le mot d'ordre :

  "Préparez-vous pour la révolution". 

La suite sur ce pdf : 



Un article sans prétention, sur le site voix-du-proletariat publié par Alexander [étudiant en lettres, communiste et secrétaire cantonal du Parti du Travail, Genève], note à propos d'un rappeur une certaine tendance sarkosyste. 


Le rap conscient est-il révolutionnaire ?



Rien de tel chez Kery James. Au contraire, à première vue on a l'impression d'un contenu franchement à gauche, voire plus. D'abord, rien que sur la couverture du CD l'étoile rouge à cinq branches. Puis le célèbre morceau "banlieusards"  peut sembler un champ révolutionnaire à une oreille inatentive. D'abord les mots "l'chant des combattants", puis "ceux qui n'font pas toujours ce qu'on attend d'eux, qui n'disent pas toujours ce qu'on veut entendre d'eux" semblent annoncer un chant de lutte. Puis une longue critique, assez juste d'ailleurs, de la politique de l'Etat français ("c'est un crime contre notre avenir que la France commet"), et ce qui semble être une allusion à la lutte des classes: "nous derrière les barreaux, eux au sénat, ils défendent leurs intérêts". Aussi, Kery se réclame des "prolétaires" et finit son morceau par "c'est une révolution". 

Alors, Kery James est communiste? En fait pas du tout, même très loin de là!

Premièrement, malgré l'impression que pourrait avoir l'auditeur distrait, il n'est nul part question de lutte des classes. Car les "banlieusards" ne sont nullement, malgré les apparences, un synonyme pour "prolétaires" ou "travailleurs". D'ailleur qui est l'adversaire: il n'est nul part fait mention de la bourgeoisie. Non les banlieusards, d'autres morceaux le montrent clairement, représentent uniquement les prolétaires noirs et arabes. L'adversaire est alors les blancs? Cette vision, qui est possible et qui est certainement l'interprétation de nombreux "banlieusards", est dangeureuse: elle divise les travailleurs selon leur origine et les empêche de s'unir dans un combat commun contre l'oppression capitaliste, c'est d'ailleurs exactement le miroir inversé du discours du FN et participe au même obscurantisme qui masque les mécanismes réels de l'exploitation et de l'injustice.

En fait, il ne s'agit même pas de cela. En réalité, il n'y a pas vraiment d'adversaire. Certes, l'Etat est durement critiqué. Mais cette critique ne suppose nullement un antagonisme. La seule chose qui est critiquée, c'est le supposé racisme des potentats "blancs", mais aucunement le caractère de classe de l'Etat, ni l'oppression de classe. "Car à ce jour y'a deux France, qui peut le nier?" dit certes Kery, mais n'oublions pas que ces mots sont procédés par "pour ceux qui rêvent d'une France unifiée". Or ce "rêve" constitue précisément la négation de la lutte des classes, le mythe de l'unité nationale. "Unité nationale"? Dit sous cette forme, le joli rêve de Kery James fait tout de suite moins rêver, il fait même plutôt peur. Et à juste titre, car cette fois on redonne aux mots leur vraie valeur: l'unité nationale est une idée de droite dure (qui rappelle dangereusement le corporatisme mussolinien), l'idée de négation de la lutte de classe au profit d'une "collaboration sous le patronage de l'Etat", c'est-à-dire la soumission totale des travailleurs à la bourgeoisie. Car celui qui nie la lutte des classes est de fait contre le combat du peuple pour plus de justice, est objectivement contre le progrès social, est un allié objectif des exploiteurs!

Délire idéologique stalinien? Nullement! Car ce que Kery James critique plus que la politique de l'Etat, c'est la résignation, la "paresse" pour le dire en jargon néolibéral, des banlieusards! Car le "combat" que Kery James prône n'est nullement la lutte révolutionnaire, mais la concurrence accrue sur le marché du travail, la lutte des places! Dans une optique très libérale d'ailleurs: "Je suis le capitaine dans le bateau des mes efforts, J'n'attends rien du système je suis un indépendant" Transformer la sinistre loi de la jungle que l'on appelle joliment concurence et la lutte des travailleurs entre eux pour le droit de se faire exploiter par le capital en révolte des opprimés, magnifique sophisme rien à dire! Pour la rhétorique "révolutionnaire", jugez les fragments suivants: "il est temps qu'on fasse de l'oseille, ce que la France ne nous donne pas on va le prendre, j'veux pas brûler des voitures, mais à construire et en vendre" ou encore "car y'a 2 fois plus d'obstacles et 2 fois moins d'avantages, Et alors?! Ma victoire aura 2 fois plus de goût, Avant d'pouvoir la savourer, j'prendrai 2 fois plus de coût"

Belle "révolution" en effet! Le capital vous opprime, liquide les acquis sociaux que vous avez obtenus par des décennies de luttes? Alors luttez bon sang, luttez contre vos camarades pour les places de travail; seuls les "lâches" pleurnichent sur leurs acquis sociaux, les "soldats" eux se saignent à blanc pour la plus grande gloire du capitalisme! Le capitalisme veut vous imposez des exigeances inhumaines, alors résistez bon Dieu, faites ce que le capitalisme néolibéral veut de vous, donnez votre temps, votre santé et votre sang pour un jour atteindre l'horizon radieux de la victoire: le droit de se faire exploiter par le capital! Vous voyez une différence avec les slogans tristement célèbres de Sarkozy "l'assistance est un piège pour les plus démunis" et "travailler plus pour gagner plus"? Pas moi! Ou plutôt si: Sarkozy lui dit clairement qu'il est de droite, il ne cache pas quels intérêts il sert ; tandis que Kery James habille d'une rhétorique de gauche un discours à peine moins sarkozyste que celui du président français en exercice. Le but du présent article n'est pas de jeter l'anathème sur Kery James, sinon je ne le citerai pas dans mes préférences musicales, ses considérations sur l'art sont tout simplement magnifiques. Mais il n'est pas d'une grande honnêteté intellectuelle de travestir avec une phraséologie révolutionnaire ce qui n'est au fond qu'une "sagesse traditionnelle", c'est-à-dire une morale de la soumission, une idéologie réactionnaire au service de la bourgeoisie. Rappelons en passant que l'étoile rouge à cinq branches a un sens, ce n'est pas qu'une simple figure géométrique dont chacun peut faire ce que bon lui semble. Non! L'étoile rouge est celle de l'Internationale communiste, les cinq branches symbolisent les travailleurs des cinq continents de la Terre, le rouge le sang versé par les ouvriers sous le joug de la tyrannie capitaliste et dans la lutte pour la liberté, l'étoile elle-même le communisme qui est la lumière qui éclaire la voie au prolétariat en révolte.

Tout cela n'est il qu'une interprétation de communiste qui ne reconnaît aux mots que le sens que les classiques du marxisme-léninisme leurs accordent, alors que Kery James a en fait voulu dire autre chose? Assurément non, le discours "gauchiste", ou plutôt qui prétend l'être, de Kery James est évident. Mais je dois dire néanmoins que ses termes ont aussi un autre sens, un sens qui leur vient d'autres mystificateurs qui ont camouflé leur opportunisme de fait par une phraséologie marxiste, au point précisément qu'il ne reste que la phraséologie et que les masses oublient le sens des mots. En effet, pour beaucoup de jeunes de mon âge le terme "ghetto", ainsi que ce que l'on appelle communément "quartier populaire", ne renvoie pas aux ouvriers, ne renvoie pas à la lutte de classe, mais à des références culturelles, à la culture alternative; à ce qui s'appelle en bon français "la bohème", à Rimbaud et Baudelaire. Les quartiers populaires sont pour ces jeunes avant tout des quartiers d'artistes. C'est pourquoi, beaucoup de jeunes, petit-bourgeois au demeurant, se reconnaissent dans un discours en apparence marxiste, mais dont le fond ne l'est pas, ainsi que dans le mouvement solidaritéS, qui n'est pour eux que le mouvement de la culture alternative. Et Kery James s'adresse aussi à cette clientèle là. "Mon art est un art prolétaire, donc les minorités y sont majoritaires, dit-il absurdement dans un morceau, alors que le prolétariat est par définition (ceux qui sont forcés de vendre au plus offrant leur force de travail pour subsister) forme l'écrasante majorité de la population! Ce genre d'ambiguités m'a valu parfois des dialogues de sourds avec mes camarades du collège qui utilisaient les mêmes mots que moi mais en leur donnant un sens différent. Une telle rhétorique pseudo-marxiste est en effet extrêment pernicieuse, elle fait perdre leur sens aux mots et rend incompréhensible le disours des vrais communistes.

Pourtant, il serait faux de dire que le rap est soi l'apologie du crime soit celle de la concurrence. Car il existe un rap progressiste et révolutionnaire. La meilleure représentante de ce rap véritablement contestataire est sans conteste Keny Arkana. Keny Arkana qui part de la lutte des classes (même si elle n'utilise pas une terminologie rigoureusement marxiste) et d'une conception religieuse du monde (preuve que la religion n'est réactionnaire que si elle est utilisée comme telle) pour arriver à une vision tout à fait révolutionnaire: "sans logis, sans papiers, sans rêves et sans droits, Solidarité, on est ensemble le front des sans-voix". Certes il lui manque la dialectique, ce qui fait que Keny Arkana ne comprend pas la nécessité pour le prolétariat de s'organiser sous la forme du Parti communiste et marxiste-léniniste, forme sans laquelle toute révolution est illusoire. Mais chez elle pas des phrases alambiquées qui signifient de fait le contraire de ce que l'on penserait. Non, Keny Arkana transmet par sa musique, magnifique au demeurant, une franche et belle idée révolutionnaire, un immense espoir de renaissance de lutte des peuples pour un autre monde:"ils ont le chiffre, on est plus forts on a le nombre", vers que l'on a envie de mettre en parallèle avec l'Internationale: "c'est nous la force, c'est nous le nombre, nous ne sommes rien, soyons tout"


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